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Publié : 24 septembre 2011

Comment alléger l’empreinte écologique d’un congrès national ?

Un article écrit pour les "Cahiers de l’atelier" numéro 527

L’Auteur : Philippe Vachette, économiste/géographe, est membre de la Communauté vie chrétienne (CVX). Il est cofondateur de l’atelier CVX - Chrétiens coresponsables de la création (CCC). Il a travaillé au développement de plusieurs entreprises dans les déchets et l’énergie et a été chargé de mission développement durable de la ville de Chambéry.

L’Article : Il faisait chaud à la pentecôte 2010 ! La Communauté vie chrétienne organisait alors son congrès national. Cette rencontre a été marquée par des engagements concrets en faveur de l’environnement. Un mois avant, c’était la plateforme pétrolière du géant BP qui sombrait et causait une catastrophe écologique…

La Communauté vie chrétienne (CVX) organise un congrès national tous les quatre ans. Pour le congrès de 2010, il a été décidé, au niveau de la logistique concrète, d’alléger l’empreinte écologique globale de cette grande rencontre de trois jours. Le congrès s’est tenu à Nevers, à la Pentecôte et a réuni environ 2800 personnes. Au sein de la Communauté, l’équipe d’organisation s’est appuyée sur un des ateliers nationaux de CVX, l’atelier Chrétiens coresponsables de la Création (CCC). Une rencontre de cette taille dans une petite agglomération de province a nécessité de très gros efforts d’organisation, de collaboration et d’anticipation et un appui clair des collectivités locales. Pendant plus d’un an, des échanges suivis avec l’équipe des organisateurs ont permis de se motiver puis de dégager plusieurs objectifs pour se situer concrètement dans cette exigence du respect de la Création. « Dieu, le créateur », nous a confié la mission de « cultiver et garder » la Terre (cf. Gn 2,15). Nous sommes donc responsables devant Lui, devant nos frères et devant les générations à venir – on l’a oublié au XXe siècle. CVX a rappelé à plusieurs occasions qu’elle était complètement porteuse de cette dimension mondiale de coresponsabilité.

Trois jours et trois engagements en faveur de la Création

Trois axes ont été retenus : les transports, la documentation des congressistes et la restauration. Pour les déplacements aller et retour de Nevers, le train a pu être privilégié uniquement pour ceux de la région parisienne, habitant peu loin d’une gare ou d’un transport en commun qui fonctionne en jour férié, ce qui limité certainement le recours à la voiture. Pour tous les autres, il a été très fortement recommandé de ne faire que du covoiturage. Un site internet par région a donc été dédié à cette option, avec un correspondant par région, chargé de faciliter le remplissage optimal des voitures selon les contraintes de chacun. Pour réduire au minimum les distributions de documentation aux congressistes, l’accueil est fait par des bénévoles qui distribuent à chacun le minimum nécessaire (un badge, le livret du congrès, une bouteille plastique remplissable, un gobelet à rendre à la fin). Pas de mallette, pas de cadeaux, ni d’accessoires plus ou moins publicitaires. Chaque congressiste devait donc remplir cette bouteille à l’une des trois rampes de robinets disposées dans le parc des expositions. Malgré la forte chaleur de ce week-end très ensoleillé, ce recours à la bouteille qui dure a été bien perçu, voire plébiscité. Pour les repas et les cafés, les congressistes ont tous utilisé un verre plastique solide (type « Eco cup ») qui a été récupéré à la fin du congrès et retourné à la communauté d’agglomération qui les avait fournis. La vaisselle était jetable mais les assiettes étaient en carton solide issu du recyclage. Pour les repas, la formule du service par groupe de six est celle qui a permis de réduire au maximum les déchets d’emballage et les restes. La méthode a bien fonctionné, même si la transformation d’une file d’attente en groupe de six nécessite toujours de forcer et de presser un peu les gens… En outre la formule du service par groupe de six est celle qui réduit au maximum les déchets d’emballage et les restes.

Des congressistes et une entreprise de restauration impliqués

La société chargée de cette restauration a compris et soutenu au maximum cette démarche ; elle a recherché et trouvé des fournisseurs locaux ou régionaux pour de nombreux produits les déchets d’emballage recyclables ont été systématiquement triés et cette réduction des volumes jetés a permis de négocier une remise conséquente sur le poste « ordures ». Il faut tout de même rappeler que la rapidité d’exécution qu’exige le déroulement d’un événement temporaire avec plusieurs milliers de participants ne permet pas de lutter contre tous les gaspillages générés par les emballages et les ustensiles jetables ! Les marges de progrès sont là encore considérables ! Il y avait aussi à organiser un pique-nique, le dimanche par groupe de quarante à quatre-vingt personnes ; ce fut l’occasion de résoudre un problème assez complexe, celui de concilier pour un tel nombre, les exigences sanitaires avec celle d’une vraie réduction des déchets, le tout avec un coût maîtrisé. Le choix d’une attribution par groupe de 6, la confection sur place de sandwichs par les participants a permis de réduire le coût de fabrication de 20% et de diviser par six le volume des déchets. Au cours du congrès, des forums étaient prévus, et plusieurs d’entre eux ont porté sur notre empreinte écologique. Deux questions y étaient débattues : « Comment réduire nos effets néfastes sur l’environnement ? » ; mais aussi et surtout : « Pourquoi est-il urgent de s’engager dans cette voie ? ». Il est apparu qu’il était nécessaire de mieux partager les ressources de la planète. La recherche de la « sobriété heureuse » pour nous les riches de la planète est à la fois une exigence évangélique mais aussi de solidarité ! C’est encore un sujet qui dérange voire qui agace bien des nantis. Si toutes les initiatives de réduction de consommation ou de gaspillage évoquées plus haut, ont été bien comprises et acceptées, les échanges dans ces forums ont montré que les passages à l’acte restaient de douloureuses épreuves de vérité !

« Ce qui ne se mesure pas, ne progresse pas » dit le proverbe ! Les efforts réels déployés au congrès de Nevers ont été en grande partie fructueux, mais nous n’avons malheureusement pas pris le temps d’une évaluation précise des résultats et leur traduction, par exemple en tonnes de CO2 évitées. Cette mesure a néanmoins été tentée par approximation pour la pollution évitée grâce au covoiturage. Nous arrivons à une réduction minimum de 93 tonnes de CO2 sur ce seul poste. Enfin ce congrès s’est conclu sur une « interpellation » forte du vice-assistant mondial, Luke Rodrigues, jésuite indien. Il a explicitement demandé à CVX France de s’engager clairement et fortement dans la mission du respect de la Terre en cherchant à approfondir et promouvoir une véritable « spiritualité de la Création » ! C’est donc sur cet envoi que les congressistes ont pu se dire qu’ils venaient de faire à Nevers quelques petits pas significatifs vers ce respect de la Création mais que le chantier était immense, difficile et ne faisait que commencer !

Philippe VACHETTE